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« Il n’y a pas de héros pour son valet de chambre » dit un proverbe. Et Hegel d’ajouter avec ironie : « S’il en est ainsi ce n’est pas parce que celui-là n’est pas un héros, mais parce que celui-ci n’est qu’un valet. »

Il est ainsi des gens à l’esprit si rabougri, qu’ils rétrécissent tout pour le faire tenir dans l’étroitesse de leurs limites. Pour ce qui est du conclave et de l’élection du pape, nos nouveaux valets de chambre forment le gros de la troupe des journalistes.

Ils n’ont d’empressement que de ramener ce grand événement à l’étroitesse de leur inculture religieuse. Ils posent alors solennellement des questions empesées : ce nouveau pape sera-t-il enfin progressiste ? Conservateur ? En faveur de l’avortement et du mariage gay ? Faisant trêve quelques jours, leurs sottises reprendront sitôt qu’ils constateront que ce pape est catholique, c'est-à-dire universel. Surtout que, loin d’être un héros, ce serviteur des serviteurs est garant d’unité d’une Eglise dépositaire d’une révélation d’amour qui ne lui appartient pas, mais qu’elle transmet. Car l’Eglise, « c’est l’Evangile qui continue » !

Alors, au lieu de bêler comme des moutons ce qu’on attend du pape, si on renversait sérieusement la question ? Et lui, qu’attend-il de nous ? Pensez-vous que Jésus ait demandé aux gens ce qu’ils attendaient de lui afin de s’y adapter ? C’est l’inverse : il regarde Matthieu dans les yeux et le dérange dans sa mal-pensance et sa mal-faisance : « Toi, viens et suis-moi ! »

L’amour de l’Evangile suppose cette rencontre charnelle des hommes et des femmes pour les arracher à la torpeur de ce monde en partance : l’Evangile ne s’y adaptera jamais. Mais, prenant en compte l’évolution de notre époque, l’Eglise ouvrira encore mieux ses fenêtres sur notre temps, non pour s’y conformer, mais pour que le monde puisse, par elle, rentrer dans la vérité.

La vraie question est donc moins de se demander ce qu’on attend du pape, que l’inverse : qu’est-ce que Jésus attend de moi – croyant ou non – par le témoignage de son Eglise ?

Voyez plutôt. L’Esprit saint déjà a déjoué tous les pronostics journalistiques des valets de chambre, en inspirant l’intelligence et le cœur des cardinaux qui ont choisi cet homme de là-bas, simple d’apparence et amis des pauvres.

Et lui-même qu’a-t-il dit ? Il a humblement demandé que l’on prie pour lui, avec lui, sur notre bout de chemin commun. Dans la pure tradition vivante de l’Eglise, cette première exigence déjà nous dérange : qu’avec lui nous suivions le Christ. Cela ne plaira pas à tous ? La belle affaire ! L’important, c’est que tous soient mis en route par cette annonce de l’Evangile, que chacun soit bousculé dans ses pauvres étroitesses, pour se laisser rejoindre au cœur de ses véritables attentes. Car c’est pour nous, les pauvres et les pécheurs, que le Christ vient. Pas pour condamner. Mais pour sauver. Jusqu’aux valets de chambre.

© Nouvelliste 18.3.13

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